Épisode 5 – "J’ai atteint tous les objectifs que je m’étais fixés le jour de mon accident"
Pour ce dernier épisode de la série de témoignages "Emploi et handicap : talents en action", rendez-vous avec Jérémy Soots, conducteur routier pour l’entreprise Carpentier (Hauts-de-France). Après un accident de moto en 2016 qui l’a rendu paraplégique, Jérémy s’est fixé un objectif ambitieux : reprendre le volant d’un poids lourd. Près de 10 ans plus tard, il revient sur son parcours, ses défis et la concrétisation d’un projet qui lui tenait à cœur.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Pendant ma rééducation, j’ai pris une décision : je continuerai à exercer le métier qui me passionne, conducteur poids lourds.
Le but de mon “après accident”, c’était de reprendre ma vie comme je la menais avant. Aujourd’hui, j’ai vraiment atteint tous les objectifs que je m’étais fixés le jour de mon accident. Et ça, c’est une immense satisfaction.
Comment avez-vous rencontré votre entreprise actuelle ?
C'était en 2022, lors d’un salon du poids lourd. J’y allais pour présenter un véhicule aménagé et faire de la sensibilisation. Et pourquoi pas rencontrer des entreprises… Ma première rencontre du salon a été mon futur patron. Il m’a laissé sa carte et m’a demandé de le rappeler. Dès le lundi, je l’ai contacté. Il avait une idée derrière la tête pour moi !
Ensuite, il a fallu tout construire : le type de transport, le matériel, les lieux de chargement et déchargement, l'étude de poste pour anticiper les contraintes liées au fauteuil roulant, etc. Avec l’Agefiph, Cap Emploi, l’AFTRAL et bien d'autres partenaires, on a mis presque deux ans pour réaliser le projet.
Au total, j’ai attendu 7 ans avant de remettre le nez derrière un volant. Et puis un jour, je suis parti seul, sans formateur. Il n’y avait que moi, mon handicap, mon camion. Sur les premiers kilomètres, j’ai pleuré comme un gosse, j’étais tellement reconnaissant et heureux d’avoir réussi ce projet. Ce moment restera gravé.
Quelles adaptations ont été nécessaires ?
La conduite ne m’inquiétait pas : équiper un véhicule, on sait le faire depuis longtemps. Le vrai défi, c’était l’accès à la cabine, perchée à plus de 2 mètres de haut. Donc on a mis en place la plateforme Dyn’Acces, un mini-élévateur automatisé qui me permet de monter et descendre du camion.
Pour le reste, tout le monde a joué le jeu : les collègues, les clients... Par exemple, certains viennent directement au camion pour récupérer les papiers. Et pour le plein, si le temps est mauvais je demande un coup de main, sinon je le fais moi-même.
En réalité, aujourd'hui je suis autonome à 100 %.
Vous avez participé à l’inauguration du Handi Truck* en 2024. Qu’est-ce que cela représentait pour vous ?
Avant, quand je cherchais encore une entreprise, les gens avaient tendance à me décourager : “Comment allez-vous faire pour ceci, pour cela ?”. J’avais les réponses, mais je ne l’avais pas encore prouvé…
Là, c'était l'occasion ! Je présentais un véhicule qui a exactement les mêmes adaptations que celui que j’utilise tous les jours. C’était simple, naturel. C’était un peu une concrétisation, parce que je travaille dessus depuis 2023.
Quels sont vos projets pour la suite ?
Pour l’instant, je suis encore vraiment à fond dans mon métier et, honnêtement, c'était très important pour moi de repasser par cette étape. Mais je sais que dans quelques années, je ne serai peut-être plus derrière le volant d'un camion. Pourquoi pas travailler sur le développement de l’accessibilité dans le métier, je verrai bien.
Avez-vous un message à transmettre à une personne en situation de handicap qui hésiterait à se lancer ?
Si une personne aime la conduite et a envie de faire ce métier : qu’elle fonce ! Aujourd’hui c’est possible, on l’a fait plusieurs fois. Malgré les obstacles, il y a toujours une solution quelque part.
Ensemble, nous faisons avancer la mobilité.
OPCO Mobilités remercie Jérémy Soots et l'entreprise Carpentier pour leur engagement et leur participation.
* Le Handi Truck est un camion-école aménagé pour former les personnes en situation de handicap. Porté et financé par l’AFTRAL, l'Agefiph et OPCO Mobilités, ce camion-école a été inauguré en mars 2024, à l’occasion d’une démonstration de Jérémy Soots.
Ce jeudi 20 novembre 2025, une seconde version du camion-école a été présentée lors du Salon Solutrans. Le Handi Truck 2 intègre des technologies de nouvelle génération : un poste de conduite modulable (commandes manuelles ou aux pieds, adaptation du siège, systèmes d'aide à la conduite adaptés aux troubles auditifs) et un accès facilité pour les personnes en fauteuil roulant ou à mobilité réduite (plateforme Dyn'Acces ou marchepied hydraulique escamotable, échelles PMR pour les accès aux flexibles ou à la caisse).